Le cadre légal en bref
Les débits de boissons sont régis par le titre III du livre III de la troisième partie du Code de la santé publique : articles L.3331-1 à L.3355-8. Trois logiques s'entrecroisent. La police administrative, qui encadre l'ouverture, la mutation et le transfert des établissements (articles L.3332-1 à L.3332-7). La protection sanitaire et sociale, qui pose les interdictions de vente aux mineurs et aux personnes ivres (articles L.3342-1 et suivants). La police municipale, qui fixe les horaires de fermeture par arrêté préfectoral.
À cela s'ajoutent les obligations communes à toute restauration : permis d'exploitation, déclaration en mairie, affichages spécifiques. La fermeture administrative reste l'arme principale du préfet en cas de manquement.
À qui s'appliquent ces obligations
Tout établissement vendant des boissons alcooliques au public, à consommer sur place ou à emporter. Bars, brasseries, cafés, restaurants servant de l'alcool, hôtels avec mini-bar payant, traiteurs avec service à table, food trucks proposant de la bière ou du vin.
Les catégories de boissons et les licences correspondantes sont définies par les articles L.3321-1 et L.3331-1 et suivants du Code de la santé publique. Les licences I et II ont été supprimées en 2016 ; restent en vigueur la licence III (boissons fermentées : bière, vin, cidre, poiré, hydromel) et la licence IV (toutes boissons alcooliques, y compris les spiritueux). Pour la restauration, la « petite licence restaurant » couvre les groupes 1 et 2 ; la « licence restaurant » couvre l'ensemble des boissons servies à l'occasion d'un repas.
Les obligations concrètes
Choisir et obtenir la bonne licence
Le choix de la licence dépend de l'activité projetée et des boissons servies. Une brasserie qui ne sert que de la bière et du vin obtient une licence III. Un bar à cocktails servant des spiritueux exige une licence IV — la plus contraignante car son nombre est plafonné par commune et son obtention passe par achat ou transfert d'une licence existante.
Pour la restauration, deux options. La petite licence restaurant suffit si la carte n'inclut que des boissons fermentées. La licence restaurant est nécessaire pour servir des digestifs ou apéritifs spiritueux à l'occasion du repas. Aucune licence III ou IV n'est requise pour servir de l'alcool à table, à condition que la consommation accompagne strictement un repas.
La licence est attachée à l'établissement, pas à la personne (article L.3331-2 du Code de la santé publique). Elle a une durée de validité indéterminée, mais elle est annulée de plein droit après cinq années d'inexploitation (article L.3333-1). Le changement de gérant ou le transfert d'adresse impose une nouvelle déclaration en mairie.
Permis d'exploitation préalable
Toute personne déclarant l'ouverture, la mutation, la translation ou le transfert d'un débit de 3e ou 4e catégorie, ou d'un établissement pourvu d'une licence restaurant, doit avoir suivi la formation au permis d'exploitation (article L.3332-1-1 CSP) — vingt heures sur trois jours, organisées par un organisme agréé par le ministère de l'Intérieur. Le permis est valable dix ans, renouvelable par six heures. Voir le chapitre 04 sur les formations.
Une dérogation existe pour les exploitants justifiant de dix ans d'expérience : la formation initiale est ramenée à six heures.
Déclaration en mairie quinze jours avant l'ouverture
L'ouverture, la mutation, la translation ou le transfert d'un débit fait l'objet d'une déclaration administrative en mairie au plus tard quinze jours avant la date prévue (article L.3332-3 CSP). À Paris, la déclaration s'effectue à la préfecture de police. La déclaration mentionne l'identité du propriétaire et de l'exploitant, l'adresse, la catégorie du débit, la date prévue.
La mairie délivre un récépissé qui sert de justificatif jusqu'à la délivrance du panonceau de licence. Le défaut de déclaration est sanctionné par une amende de 3 750 euros et la fermeture de l'établissement.
Zones protégées et distances minimales
L'article L.3335-1 du Code de la santé publique permet au préfet de fixer par arrêté des zones protégées autour des établissements scolaires, des établissements de santé, des installations militaires, des terrains de sport et de certains lieux de culte. Dans ces zones, l'ouverture d'un débit est interdite ou soumise à autorisation spéciale.
Les distances minimales sont fixées localement, généralement entre 50 et 200 mètres. Avant tout projet, vérifier auprès de la préfecture du département.
Refus de servir un mineur
La vente de boissons alcoolisées à des mineurs est strictement interdite, qu'elles soient consommées sur place ou à emporter (article L.3342-1 CSP). La personne qui délivre la boisson peut exiger la preuve de la majorité — pièce d'identité avec photographie. La protection s'étend à l'offre gratuite : un cocktail offert à un mineur, même par erreur, constitue une infraction.
L'affiche officielle au format A4 minimum (arrêté du 17 octobre 2016) rappelle ces dispositions et est apposée à proximité de l'entrée ou du comptoir. Voir le chapitre 06 sur les affichages.
Refus de servir une personne manifestement ivre
Servir des boissons alcooliques à une personne manifestement ivre est puni d'une contravention de 4e classe (article R.3353-2 CSP), avec circonstance aggravante en cas de récidive ou si la personne provoque ensuite un dommage. Au-delà de la sanction immédiate, la responsabilité civile et pénale du débitant peut être engagée si la personne, en sortant de l'établissement, cause un accident de la route.
Heures de fermeture et happy hours
Les horaires de fermeture sont fixés par arrêté préfectoral et varient considérablement selon les départements et les communes. Il existe parfois des dérogations pour les nuits de week-end ou les jours de fête. Le respect strict des horaires est contrôlé par la police et la gendarmerie ; le dépassement répété est un motif fréquent de fermeture administrative temporaire.
Pour exploiter au-delà de l'heure légale de fermeture (généralement 2 h du matin), une autorisation préfectorale ou municipale spécifique est nécessaire — elle relève du pouvoir de police municipale du maire (article L.2212-2 du Code général des collectivités territoriales). Cette autorisation est précaire, révocable, et soumise à redevance dans certaines communes. Elle est distincte du PVBAN, qui est une formation et non une autorisation.
Les happy hours sont autorisés mais encadrés. Si l'établissement propose des boissons alcoolisées à prix réduit, il doit aussi proposer les boissons non alcooliques à prix réduit dans des conditions équivalentes (article L.3323-1 CSP). L'open bar, défini comme la mise à disposition de boissons à volonté à titre gratuit ou à prix forfaitaire, est interdit en France métropolitaine (article L.3322-9 CSP) — il reste autorisé en outre-mer et dans le cadre privé.
Vente nocturne et PVBAN
Pour les commerces autres que les débits à consommer sur place — épiceries de nuit, cavistes, ventes à emporter — la vente d'alcool entre 22 h et 8 h impose une formation spécifique, le PVBAN (article L.3331-4 CSP). Sept heures de formation, valable dix ans. Voir le chapitre 04.
Les sanctions encourues
La fermeture administrative est l'arme privilégiée du préfet en cas de manquements aux règles spécifiques aux débits de boissons. Elle peut aller d'un à six mois selon la gravité, et reste sans incidence sur les obligations contractuelles de l'exploitant — loyer, salaires, charges courantes.
| Manquement | Sanction | Texte |
|---|---|---|
| Exploitation sans licence ou licence inadaptée | 3 750 € + fermeture immédiate | Art. L.3352-7 CSP |
| Permis d'exploitation absent ou expiré | 3 750 € + fermeture | Art. L.3332-1-1 + L.3352-7 CSP |
| Ouverture sans déclaration en mairie | 3 750 € | Art. L.3332-3 CSP |
| Vente d'alcool à un mineur | 7 500 € + fermeture 1 à 6 mois | Art. L.3353-3 CSP |
| Vente à une personne manifestement ivre | Amende 4e classe + responsabilité en cas d'accident | Art. R.3353-2 CSP |
| Dépassement des heures de fermeture | Fermeture administrative 1 à 6 mois | Art. L.3332-15 CSP |
| Open bar (métropole) | 7 500 € (15 000 € pers. morale) | Art. L.3322-9 CSP |
| PVBAN absent (vente nocturne 22 h-8 h) | 7 500 € | Art. L.3331-4 CSP |
Les organismes de contrôle
Le préfet est l'autorité centrale en matière de débits de boissons. Il fixe les horaires, prononce les fermetures administratives et peut imposer des conditions particulières d'exploitation. La mairie reçoit la déclaration d'ouverture et délivre le récépissé.
La police et la gendarmerie effectuent les contrôles inopinés sur la licence, le respect des horaires, la protection des mineurs, l'ivresse manifeste et les open bars. Ces contrôles, fréquents en zone urbaine et en zone touristique pendant la saison estivale, peuvent déboucher sur un procès-verbal transmis au procureur.
La DGCCRF, via la DDPP, contrôle les affichages, les prix et l'étalage des boissons non alcooliques. Voir le chapitre 06 sur les affichages.
Comment Normy gère ce sujet
Normy suit le statut de la licence et du permis d'exploitation : numéro, catégorie, date de délivrance, date d'expiration. Le rappel d'échéance pour le renouvellement décennal du permis d'exploitation part bien en amont — la formation de mise à jour étant à programmer plusieurs semaines avant la date butoir.
Le module gère également les affichages obligatoires des débits — panonceau de licence, affiche mineurs, étalage non alcoolique, signalétique tabac — et alerte si un de ces éléments fait défaut. Les contrôles de police laissent peu de marge : le suivi documentaire en amont est la meilleure protection.
Pour aller plus loin
Autres chapitres du guide
- Chapitre 04 — Les formations obligatoires (permis d'exploitation, PVBAN)
- Chapitre 06 — Les affichages obligatoires
- Chapitre 10 — Que faire en cas de contrôle