Deux échelles, et on les confond tout le temps
Quand on cherche à comprendre sa note Alim'confiance, on tombe sur deux vocabulaires différents, et rien n'explique comment on passe de l'un à l'autre. Cette page sert d'abord à démêler ça.
D'un côté, il y a ce que l'inspecteur porte sur sa grille pendant la visite. Le vade-mecum général de la DGAL, dans sa version 4 d'octobre 2024, note chaque item et chaque chapitre de A à D : A pour « conforme », B pour une « non-conformité mineure », C pour une « non-conformité moyenne », D pour une « non-conformité majeure ». Ces notes se combinent ensuite en une évaluation globale, exprimée en niveaux de maîtrise des risques — « maîtrise des risques satisfaisante » pour A, « acceptable » pour B, « insuffisante » pour C, et « perte de maîtrise des risques (urgence) » pour D.
De l'autre côté, il y a ce que vos clients lisent sur Alim'confiance : quatre mentions, publiées par le ministère chargé de l'agriculture sur sa page consacrée au dispositif. Les deux vocabulaires se recoupent partiellement — le mot « satisfaisant » et l'idée d'urgence figurent dans l'un comme dans l'autre — et c'est précisément ce qui entretient la confusion : « maîtrise des risques satisfaisante » désigne la note la plus haute de l'inspection, quand « satisfaisant » est, lui, le deuxième des quatre niveaux publiés.
Les quatre niveaux, et ce que chacun déclenche
Ces définitions ne se limitent pas à un intitulé : trois d'entre elles décrivent la suite administrative qui accompagne le niveau. C'est cette seconde moitié qui dit ce qui se passe après la visite.
Ces quatre mentions ne sont pas un vocabulaire administratif informel : elles sont définies une par une, limitativement, par l'article D. 231-3-11 du code rural et de la pêche maritime. C'est ce texte qui fait foi — et il est plus précis que la page d'information du ministère.
| Niveau publié | Ce que le décret y associe |
|---|---|
| Très satisfaisant | Aucune non-conformité, ou uniquement des non-conformités mineures. Seule des quatre mentions à ne correspondre à aucune mesure administrative. |
| Satisfaisant | Des non-conformités ne justifiant pas de mesure de police administrative, mais une lettre d'avertissement. OU BIEN : un établissement évalué favorablement lors du contrôle de suivi qui a suivi une mise en demeure, une fermeture, un retrait ou une suspension d'agrément. |
| À améliorer | Une mise en demeure de procéder à des mesures correctives, dans un délai fixé par l'autorité administrative. |
| À corriger de manière urgente | Des non-conformités susceptibles de mettre en danger la santé du consommateur, pour lesquelles l'autorité ordonne la fermeture administrative, ou le retrait, ou la suspension de l'agrément sanitaire. |
Les définitions du décret, mot pour mot :
- « Niveau d'hygiène très satisfaisant » pour les établissements ne présentant pas de non-conformité, ou présentant uniquement des non-conformités mineures ;
- « Niveau d'hygiène satisfaisant » pour les établissements présentant des non-conformités qui ne justifient pas l'adoption de mesures de police administrative mais auxquels l'autorité administrative adresse une lettre d'avertissement, ou pour les établissements évalués favorablement lors du contrôle de suivi réalisé après une mise en demeure, une fermeture, un retrait ou une suspension de l'agrément sanitaire ;
- « Niveau d'hygiène à améliorer » pour les établissements dont l'exploitant a été mis en demeure de procéder à des mesures correctives dans un délai fixé par l'autorité administrative ;
- « Niveau d'hygiène à corriger de manière urgente » pour les établissements présentant des non-conformités susceptibles de mettre en danger la santé du consommateur et pour lesquels l'autorité administrative ordonne la fermeture administrative ou le retrait ou la suspension de l'agrément sanitaire.
La seconde branche du niveau « satisfaisant » : la voie de sortie
Relisez le deuxième point. Il comporte deux branches séparées par un « ou », et la seconde est celle qu'on ne lit nulle part ailleurs : le niveau « satisfaisant » vise aussi les établissements « évalués favorablement lors du contrôle de suivi réalisé après une mise en demeure, une fermeture, un retrait ou une suspension de l'agrément sanitaire ».
Autrement dit, une mention défavorable n'est pas un point de non-retour. Un établissement qui a été mis en demeure, voire fermé, et qui se met en conformité, se voit attribuer « satisfaisant » au contrôle de suivi. C'est écrit dans le décret, et cette seconde branche est absente de la page d'information du ministère comme des articles que nous avons lus sur le sujet.
Avant la publication, vous avez 15 jours pour faire valoir vos observations
C'est le point le moins connu du dispositif, et probablement le plus utile : vous n'apprenez pas votre mention en même temps que vos clients. Le dernier alinéa de l'article D. 231-3-11 organise une phase contradictoire avant toute publication défavorable.
L'exploitant de l'établissement est informé, avant l'attribution de l'une des mentions définies aux 2°, 3° et 4°, et de l'appréciation que les agents compétents pour mener le contrôle envisagent de retenir, et dispose de 15 jours pour faire valoir ses observations sur l'attribution de cette mention et sur sa publication.— Article D. 231-3-11 du code rural et de la pêche maritime, dernier alinéa
Quatre éléments de cette phrase méritent d'être lus lentement, parce que chacun compte.
- Vous êtes informé « avant l'attribution » de la mention — donc avant qu'elle existe, et a fortiori avant qu'elle soit publiée.
- Vous êtes informé de « l'appréciation que les agents envisagent de retenir » : vous savez donc ce qui vous est reproché et vers quelle mention l'inspection se dirige.
- Vous disposez de quinze jours. Le texte ne dit pas quinze jours ouvrés, ni ne prévoit de prolongation.
- Vos observations peuvent porter sur deux objets distincts : « l'attribution de cette mention » et « sa publication ». Ce ne sont pas la même chose — le texte ouvre les deux.
Concrètement, cela signifie que le moment utile pour agir se situe avant la mise en ligne, pas après. Une fois la mention publiée, il reste la voie de la correction d'une information inexacte ; le débat sur l'appréciation elle-même, lui, se tient pendant ces quinze jours.
Le chaînon que personne ne publie
Reste la question que tout exploitant se pose : une évaluation globale notée B donne-t-elle « satisfaisant » ? Un C donne-t-il « à améliorer » ? La correspondance paraît intuitive. Elle n'est écrite nulle part.
Nous avons cherché cette table de correspondance dans le vade-mecum général v4 d'octobre 2024, dans le vade-mecum sectoriel « remise directe » v2.5 de mars 2026, dans l'arrêté du 28 février 2017 et son annexe, et sur la page du ministère qui publie les quatre niveaux. Aucun de ces documents ne relie explicitement les lettres A, B, C et D aux quatre mentions publiées.
Ce constat mérite d'être posé, parce qu'il touche une exigence du droit européen. L'article 11 du règlement (UE) 2017/625 n'autorise la publication d'une notation individuelle qu'à deux conditions cumulatives : que « les critères de notation sont objectifs, transparents et accessibles au public », et que « des dispositions adéquates sont prises pour garantir l'équité, la cohérence et la transparence du processus de notation ».
Les critères d'inspection, eux, sont publics : les deux vade-mecum sont téléchargeables sur le site du ministère, et cette page les cite en source. Ils vont même assez loin dans le détail — le vade-mecum général précise qu'« une aide à la notation est donnée à la première ligne de chaque item et de chaque sous-item », sous la forme d'« une liste non exhaustive de situations pouvant aboutir à une évaluation C ou D de l'item ». Autrement dit, vous pouvez lire, item par item, ce qui est susceptible de faire tomber une note. C'est l'articulation entre la note d'inspection et la mention publiée qui, elle, ne se lit dans aucun des documents consultés.
Le vade-mecum général indique tout de même le sens de la chaîne : les constats justifient l'évaluation de chaque item, puis du chapitre, « et in fine l'évaluation globale de l'inspection […], elle-même corrélée à la mise en place de suites administratives ». Or les quatre niveaux publiés sont précisément définis par des suites administratives. Le lien existe donc dans la logique du dispositif — ce qui manque, c'est la règle écrite qui dirait quelle note produit quelle mention.
Ce que le vade-mecum exige du rapport lui-même
C'est un point peu connu, et il vous concerne directement : le vade-mecum général ne fixe pas seulement des règles de notation, il fixe aussi des exigences sur la manière dont les constats doivent être écrits.
- « Le rapport d'inspection ne doit pas contenir de prescriptions, mais uniquement constituer en un recueil de constats. »
- Ces constats « consistent en un recueil d'informations factuelles qui permet de justifier précisément ce qui a été vu par l'inspecteur ».
- « Chaque constat doit ainsi être décrit de manière concrète, et ne doit pas consister en un jugement de valeur. »
- Le rapport doit « décrire précisément les anomalies, de façon complète, précise, objective et univoque ».
Ces exigences donnent un point d'appui concret à qui veut comprendre ou discuter son évaluation : un constat doit être factuel et univoque, et c'est sur ce terrain-là que la conversation avec le service se tient — pas sur l'appréciation finale prise isolément.
Tous les contrôles ne donnent pas un niveau
Un contrôle des services de l'État ne débouche pas systématiquement sur une mention publiée. Le vade-mecum général prévoit qu'en remise directe, les contrôles portant spécifiquement sur l'effectivité des retraits et rappels sont évalués sur un périmètre réduit, et que cette évaluation « ne correspond pas à une évaluation globale du niveau d'hygiène de l'établissement donc n'est pas rapportée sur Alim'confiance ». Elle ne comporte alors que deux issues : conforme ou non conforme.
Autrement dit, avoir reçu la visite d'un inspecteur ne signifie pas nécessairement qu'une nouvelle mention va apparaître sur votre fiche.
Comment Normy gère ce sujet
Normy ne prédit aucune note et n'en simule aucune — le produit ne comporte d'ailleurs aucune fonctionnalité liée à Alim'confiance. La notation relève du jugement de l'inspecteur : le vade-mecum général écrit que l'évaluation globale « représente le jugement global de l'inspecteur », et précise, au niveau des chapitres, qu'elle « n'est pas une moyenne ». Ce que Normy fait, c'est préparer ce sur quoi ce jugement va porter.
Le Mode contrôle reprend en grande partie le découpage de la grille d'inspection : les documents à présenter renvoient au chapitre d'identification, les vérifications sur place aux chapitres locaux, production et déchets, la traçabilité alimentaire à son chapitre dédié, le personnel et les formations au leur, les affichages à l'item qui les couvre. Deux rubriques sortent en revanche de la grille — les registres à montrer et les obligations diverses — parce qu'un inspecteur peut réclamer des pièces qu'elle ne prévoit pas.
Deux rubriques du même écran disent ce que Normy ne prouve pas — ce qui se constate sur place et n'existe sous forme d'aucun document, et les pièces qui peuvent vous être réclamées sans que Normy les détienne. Elles sont tenues hors du score, délibérément : un outil qui afficherait un sans-faute là où l'inspecteur regardera autre chose ne vous rendrait pas service le jour de la visite.
Questions fréquentes
Un B à l'inspection donne-t-il « satisfaisant » sur Alim'confiance ?
Aucun document public consulté ne l'affirme. Le vade-mecum général associe la lettre B à une « maîtrise des risques acceptable », et le ministère publie une mention « satisfaisant » qu'il définit par l'envoi d'un courrier de rappel de la réglementation. Ces deux descriptions ne se recouvrent pas mot pour mot, et aucune table de correspondance officielle n'est publiée.
Un niveau « à améliorer » veut-il dire que je vais être recontrôlé ?
C'est ce que la définition du ministère décrit : ce niveau vise les établissements dont l'exploitant « a été mis en demeure de procéder à des mesures correctives dans un délai fixé par l'autorité administrative », mise en demeure « qui conduit à un nouveau contrôle des services de l'État pour vérifier la mise en place de ces mesures correctives ». Le nouveau contrôle fait donc partie de la description du niveau lui-même.
Puis-je contester ma note ?
Oui, et il faut distinguer trois moments. Avant la publication : l'article D. 231-3-11 vous ouvre quinze jours pour faire valoir vos observations sur l'attribution de la mention et sur sa publication, dès lors que la mention envisagée est « satisfaisant », « à améliorer » ou « à corriger de manière urgente ». C'est le moment le plus favorable, parce que rien n'est encore public. Après la publication : une information inexacte — établissement mal identifié, données erronées — relève de l'article 11 du règlement (UE) 2017/625, qui impose aux autorités compétentes d'établir « des procédures pour faire en sorte que toute inexactitude dans les informations mises à la disposition du public soit corrigée en conséquence ». Enfin, l'appréciation elle-même est un jugement adossé aux constats du rapport de contrôle : c'est sur ces constats que la discussion se tient.
Chaque contrôle donne-t-il lieu à une nouvelle publication ?
Non. Le vade-mecum général prévoit qu'en remise directe, un contrôle portant spécifiquement sur l'effectivité des retraits et rappels n'est pas rapporté sur Alim'confiance, parce que son évaluation « ne correspond pas à une évaluation globale du niveau d'hygiène de l'établissement ».
Sources officielles
- Ministère de l'Agriculture — « Alim'confiance » : les résultats des contrôles sanitaires accessibles à tous (page du 27 mars 2026, définitions des quatre niveaux)
- Vade-mecum général sécurité sanitaire des aliments, v4 (octobre 2024) — notation A à D et évaluation globale
- Vade-mecum sectoriel « remise directe », v2.5 (mars 2026)
- Règlement (UE) 2017/625 — art. 11 §2 (correction des inexactitudes) et §3 (conditions de publication d'une notation individuelle)
- Art. D. 231-3-11 C. rural — définition limitative des quatre mentions et droit d'observations de 15 jours
- Arrêté du 28 février 2017 — version Journal officiel (seule à porter les visuels de la charte)