Fiche obligation · Hygiène

Le plan de maîtrise sanitaire en restaurant

En 1 phrase

Un restaurant doit mettre en place, appliquer et maintenir des procédures permanentes fondées sur les principes HACCP, et établir les documents qui en prouvent l'application « en fonction de la nature et de la taille de l'entreprise » — article 5 du règlement (CE) n° 852/2004. C'est cet ensemble que l'on appelle en France le plan de maîtrise sanitaire : l'expression vient du droit français, l'article 3 de l'arrêté du 8 juin 2006 pour les établissements agréés, et l'annexe I de l'arrêté du 12 février 2024 pour la restauration commerciale.

Lecture ~7 min · Mis à jour le 7 septembre 2026

Qui doit en avoir un

Le règlement pose lui-même son champ. L'article 5 § 3 précise que l'obligation de procédures fondées sur les principes HACCP « s'applique exclusivement aux exploitants du secteur alimentaire qui exercent des activités se rapportant à une étape de la production, de la transformation et de la distribution des denrées alimentaires après la production primaire et les opérations connexes énumérées à l'annexe I ». En sont donc écartées la production primaire et ses opérations connexes — l'article 2 du règlement définit les produits primaires comme « les produits issus de la production primaire, y compris les produits du sol, de l'élevage, de la chasse et de la pêche ». Que la restauration commerciale soit concernée par le plan de maîtrise sanitaire, un texte français le dit sans détour : l'arrêté du 12 février 2024 traite le sujet dans un référentiel intitulé « secteur restauration commerciale ».

À côté du plan de maîtrise sanitaire, il y a la déclaration de l'établissement, et ce sont deux choses différentes. L'article 6 § 2 du règlement impose à tout exploitant de notifier chacun de ses établissements en vue de son enregistrement. Son second alinéa va plus loin : les exploitants veillent « à ce que les autorités compétentes disposent en permanence d'informations à jour sur les établissements, y compris en signalant toute modification significative de leurs activités et/ou toute fermeture d'un établissement existant ». Ce n'est donc pas une formalité qu'on accomplit une fois. En droit français, l'article R.233-4 du Code rural oblige à déclarer au préfet chaque établissement mettant en œuvre une étape de la production, de la transformation ou de la distribution des produits ou denrées énumérés à l'article R.231-4 — lequel vise les produits d'origine animale ainsi que « les denrées alimentaires contenant des produits d'origine animale ».

Ce qu'il contient

La description la plus précise que le droit français donne du plan de maîtrise sanitaire en restauration commerciale se trouve à un endroit inattendu : le référentiel de la formation obligatoire en hygiène alimentaire, publié en annexe I de l'arrêté du 12 février 2024 et en vigueur depuis le 22 février 2024. Sa section C.3 s'intitule « Le plan de maîtrise sanitaire » et en détaille le contenu. Attention à ce que cela veut dire exactement : ce texte fixe ce qu'une formation doit enseigner, pas la table des matières d'un document. Il décrit le plan de maîtrise sanitaire, il n'en impose pas la forme.

Le référentiel l'ouvre par une ligne isolée — « la responsabilité de l'exploitant » — puis le décompose en cinq volets. À noter que le même arrêté range « connaître le contenu du plan de maîtrise sanitaire » parmi les capacités que la formation doit faire acquérir, aux côtés de l'identification des responsabilités et de la connaissance du paquet hygiène.

VoletCe que le référentiel énumère
3.1 — Les bonnes pratiques d'hygièneL'hygiène du personnel et des manipulations · le respect des températures de conservation, de cuisson et de refroidissement · les durées de vie (date limite de consommation, date de durabilité minimale) et leur validation · les procédures de congélation et de décongélation · l'organisation, le rangement et la gestion des stocks · le plan de nettoyage et désinfection · le plan de lutte contre les nuisibles · l'approvisionnement en eau · les contrôles à réception et à expédition · les procédures liées à certains procédés à risque · l'affichage des allergènes à déclaration obligatoire et l'origine des viandes
3.2 — Les principes de l'HACCPLe référentiel les nomme sans les détailler ; ils sont énumérés à l'article 5 § 2 du règlement (CE) n° 852/2004
3.3 — La surveillance et la vérificationLes autocontrôles et les enregistrements, en tenant compte du classement des denrées en produits prêts à manger ou non
3.4 — Le guide de bonnes pratiques d'hygièneCelui du secteur d'activité, et les mesures spécifiques qu'il détaille
3.5 — La traçabilité

Les sept principes HACCP appelés par le volet 3.2 sont énumérés à l'article 5 § 2 du règlement : identifier les dangers à prévenir, éliminer ou ramener à un niveau acceptable ; identifier les points critiques où un contrôle est indispensable ; y établir des limites critiques ; établir des procédures de surveillance de ces points ; établir les actions correctives quand la surveillance révèle une perte de maîtrise ; établir des procédures de vérification périodique de l'efficacité de l'ensemble ; et enfin établir les documents et dossiers qui en prouvent l'application.

Combien de papier faut-il, exactement

Le règlement répond à cette question, et il y revient. L'article 5 § 2 g demande des documents « en fonction de la nature et de la taille de l'entreprise ». L'article 5 § 4 a demande aux exploitants de démontrer leur conformité « en respectant les exigences de l'autorité compétente, en fonction de la nature et de la taille de l'entreprise ». La proportionnalité n'est donc pas une tolérance accordée au cas par cas : elle est dans le texte, et la même formule y est reprise mot pour mot.

L'administration publie par ailleurs des instructions techniques et des vade-mecums qui expliquent comment elle lit ces textes, notamment sur les allègements ouverts aux petites structures. Ces documents disent leur propre portée : l'instruction technique DGAL/SDSSA/2018-924 précise qu'elle « n'est pas d'application obligatoire » et qu'« un exploitant peut choisir d'appliquer un PMS sans allègement ». Ce qui vous est opposable vient du règlement et des codes ; ces documents vous disent comment ils sont lus, et ce qui est regardé en contrôle.

Quand faut-il le mettre à jour

L'article 5 ne fixe pas de périodicité et ne prévoit pas de mise à jour annuelle : il pose un déclencheur. Son § 2 se termine par cette phrase — « chaque fois que le produit, le procédé ou l'une des étapes subissent une modification, les exploitants du secteur alimentaire revoient la procédure et y apportent les changements requis ». Et le § 4 b demande que « tout document décrivant les procédures élaborées conformément au présent article soit à jour à tout moment ».

Combien de temps garder les enregistrements

Le règlement laisse la durée ouverte : son article 5 § 4 c demande de conserver les documents et dossiers « pendant une période appropriée », et son § 5 prévoit que des modalités d'application « peuvent également préciser la durée pendant laquelle les exploitants du secteur alimentaire conservent les documents et dossiers ». C'est le droit français qui chiffre. L'article R.202-21-2 du Code rural impose au propriétaire ou détenteur de denrées alimentaires d'origine animale d'enregistrer et de conserver les informations relatives aux autocontrôles ainsi que les résultats des analyses correspondants, et de les tenir à la disposition de l'autorité administrative pendant une durée de trois ans après la date de réalisation de l'autocontrôle ou du prélèvement. Le même article prévoit que cette durée peut être modifiée par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, en raison d'un risque sanitaire particulier ou en fonction de la durée d'utilisation des produits.

Ce qui se passe si vous ne l'avez pas

Les suites d'un manquement relèvent d'abord de l'article L.233-1 du Code rural. Lorsqu'un établissement présente ou est susceptible de présenter une menace pour la santé publique, les agents habilités peuvent mettre l'exploitant en demeure de réaliser, dans un délai qu'ils déterminent, « les travaux, les opérations de nettoyage, les actions de formation du personnel et les autres mesures nécessaires à la correction de ce manquement ainsi que le renforcement des autocontrôles ». L'exploitant est invité à présenter ses observations écrites ou orales dans le délai imparti, le cas échéant assisté d'un conseil.

Si, à l'expiration de ce délai, les mesures n'ont pas été mises en œuvre, l'autorité administrative dispose de trois voies : obliger l'exploitant à consigner une somme correspondant au montant des mesures prescrites, restituée au fur et à mesure de leur exécution ; faire procéder d'office aux travaux, à ses frais ; ou ordonner la fermeture de tout ou partie de l'établissement lorsque le délai ne peut être prolongé sans risque pour la santé publique. Un point mérite d'être connu avant de contester : l'opposition devant le juge administratif à l'état exécutoire pris en application d'une mesure de consignation « n'a pas de caractère suspensif ».

En revanche, ne pas exécuter cette mise en demeure a une conséquence pénale propre. L'article R.205-6 du Code rural punit de l'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe le fait de ne pas exécuter, ou d'entraver l'exécution, d'une mise en demeure prononcée en application de l'article L.233-1. Un second levier existe côté consommation : l'article L.521-5 du Code de la consommation permet aux agents habilités d'ordonner des mesures correctives — renforcement des autocontrôles, formation du personnel, travaux, nettoyage — et à l'autorité administrative de prononcer par arrêté, en cas de nécessité, la fermeture de tout ou partie de l'établissement.

Un dernier point, dont les conséquences sont visibles depuis la rue : toute décision prise en application du I de l'article L.233-1 peut enjoindre à l'exploitant d'afficher, en un endroit visible de l'extérieur, l'intégralité ou un extrait de cette décision. Ne pas exécuter cette injonction est puni à part, par le II de l'article R.205-6, de l'amende prévue pour les contraventions de la troisième classe.

Questions fréquentes

Un petit restaurant doit-il vraiment avoir un plan de maîtrise sanitaire ?

Oui, l'obligation ne dépend pas de la taille. L'article 5 § 1 du règlement (CE) n° 852/2004 vise les exploitants du secteur alimentaire sans seuil d'effectif ni de chiffre d'affaires. En revanche, le volume de documents en dépend : le même article demande des documents « en fonction de la nature et de la taille de l'entreprise ».

Que doit contenir un plan de maîtrise sanitaire ?

Le référentiel de formation annexé à l'arrêté du 12 février 2024, qui vise la restauration commerciale, le décrit en cinq volets : les bonnes pratiques d'hygiène, les principes de l'HACCP, les mesures de surveillance et de vérification, le guide de bonnes pratiques du secteur, et la traçabilité. Ce texte décrit un contenu de formation ; il n'impose pas la forme du document.

À quelle fréquence faut-il le mettre à jour ?

L'article 5 du règlement ne fixe pas de périodicité et ne prévoit pas de révision annuelle. Il pose un déclencheur : « chaque fois que le produit, le procédé ou l'une des étapes subissent une modification ». Le document doit par ailleurs être « à jour à tout moment ».

Combien de temps faut-il conserver les enregistrements ?

L'article R.202-21-2 du Code rural fixe une durée de trois ans après la date de réalisation de l'autocontrôle ou du prélèvement, pour les informations relatives aux autocontrôles et les résultats des analyses correspondants. Le règlement européen, lui, se borne à demander une « période appropriée ».

Que risque un restaurant qui n'en a pas ?

L'article L.233-1 du Code rural permet d'abord une mise en demeure assortie d'un délai, pendant lequel l'exploitant est invité à présenter ses observations. La fermeture immédiate existe, mais le texte l'introduit par une condition explicite : « en cas d'urgence et pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé publique ». Ne pas exécuter la mise en demeure est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe, par l'article R.205-6.

Comment Normy gère ce sujet

Le plan de maîtrise sanitaire que Normy compile est organisé sur six chapitres : identification de l'établissement, locaux et équipements, maîtrise de la chaîne de production, traçabilité et gestion des non-conformités, gestion des déchets et sous-produits animaux, personnel. Ce ne sont pas des rubriques maison — ce sont celles du vade-mecum sur lequel se déroule l'inspection, et le découpage descend jusqu'aux sections. Le document se génère daté et s'exporte en PDF, et vos traces s'y rangent à l'endroit que cette grille prévoit.

Ce que Normy ne fait pas, et il vaut mieux le dire : il ne délivre aucune note, ne juge pas votre conformité et ne remplace pas votre analyse des dangers, qui dépend de vos produits et de vos procédés. Il organise, date et rend présentable ce que vous avez fait.

Suivi automatique de cette obligation dans Normy.

Article informatif à jour au 7 septembre 2026, fondé sur les textes en vigueur à cette date. Il ne remplace pas un conseil juridique personnalisé : votre situation peut relever de règles particulières.